« Je suis sortie de la pauvreté. Je n’ai plus peur de retomber dans la précarité car, comme on dit chez nous : celui qui a été mordu une fois par le serpent, la corde lui fait peur. » Devant son salon de beauté, dans le quartier historique du Ksar à Nouakchott, la gérante, Khadijetou Diallo, se plaît à évoquer les épreuves qu’elle a dû surmonter pour en arriver là aujourd’hui : « j’ai été mariée jeune et j’ai eu cinq enfants, à qui j’ai consacré tout mon temps… si bien que je n’ai jamais fait d’études. » Alors, quand elle a divorcé, elle a dû assumer une partie des charges de la famille.

Elle a enchaîné les emplois précaires avant de gagner sa vie comme coiffeuse à domicile et de créer sa propre affaire. Aujourd’hui, onze ans ont passé après sa séparation, et sa petite boutique fourmille de clientes en quête de la dernière coiffure à la mode ou d’un cosmétique de qualité. Le futur ne lui fait plus peur. Au contraire, elle se projette dans l’avenir et rêve de s’agrandir.

Pour arriver à une telle réussite, la jeune femme s’est battue, portée par l’espoir de jours meilleurs pour ses enfants. Mais dans l’entrepreneuriat, la volonté seule, parfois, ne suffit pas. Alors, elle a trouvé auprès du Groupement féminin d’épargne et de crédit (GEFEC) l’aide dont elle avait besoin : « Grâce au groupement, j’ai pu faire cinq petits emprunts à un taux avantageux. J’ai acheté du matériel et de la marchandise. Sans eux, je n’aurais jamais pu obtenir de crédit car je ne présentais aucune garantie solide. »

Le GEFEC fait partie de la famille des institutions de microfinance (IMF). Ces organisations offrent presque exclusivement des services financiers de proximité, afin de promouvoir l’activité économique des populations à faible revenu, qui n’ont généralement pas, ou peu, accès au secteur bancaire formel. Cette institution a soutenu quelque 5 000 entrepreneurs jusqu’à présent.

Entre 2008 et 2014, sur lensemble du territoire mauritanien, les IMF se sont multipliées. La raison est simple : la volonté partagée du gouvernement mauritanien et du Groupe de la Banque africaine de développement de renforcer le secteur privé en donnant aux entrepreneurs un accès au crédit, en particulier, des jeunes et des femmes cheffes de ménage. La Banque a ainsi financé le Projet de renforcement des capacités des acteurs de la Microfinance (PRECAMF) à hauteur de 5,7 millions d’euros via le Fonds africain de développement, le guichet de financement concessionnel du Groupe.

En améliorant l’environnement de la microfinance et en renforçant un système de financement décentralisé, le PRECAMF a permis l’émergence ou la consolidation de 70 IMF, en zones urbaines et rurales. Résultat : en quelques années, une myriade de nouvelles microentreprises ont vu le jour, de la transformation de produits agricoles en passant par les services à la personne, tous les secteurs dactivité ont été concernés.

Aujourd’hui, ces entreprises sont, pour la plupart, toujours sur pied et continuent de croître. Le secret de cette durabilité ? La formation. En effet, l’un des avantages de ce projet est d’avoir associé à l’accès au crédit des formations en gestion. « Le plus important que j’ai retenu de ces formations, c’est que je dois investir l’argent que je gagne dans la famille et dans l’entreprise », souligne Khadijetou Diallo. Et le reste constitue l’épargne de la jeune entrepreneuse au sein du GEFEC. Elle espère, dans un avenir proche, pouvoir offrir des études à ses enfants : « mon aîné passe le bac, il veut devenir médecin. Les cadets veulent aider les autres, travailler dans l’humanitaire ou dans la santé. Je suis fière et heureuse car je leur ai donné l’envie de réussir. Sans prêts, sans formation, ça aurait été plus difficile, j’aurais pu me retrouver à la rue. »

Grâce au projet, l’histoire de Khadijetou Diallo n’est pas isolée. On estime à plus 270 000 le nombre de personnes qui ont pu bénéficier d’un emprunt via une IMF. C’est un chiffre conséquent, dont on peut multiplier les impacts directs et indirects sur l’emploi. « Ces micro-entrepreneurs sont insérés dans une population active, pérenne, productive », nous confie Zeidane Moulay Zein, coordinateur du projet. « Ils nourrissent un écosystème dynamique et aident à changer les mentalités. Ainsi, ils participent au développement social et économique du pays. »

Aujourd’hui, Khadijetou Diallo emploie deux coiffeuses à temps plein et recrute souvent des intérimaires qu’elle forme et qui, peut-être un jour, à leur tour, décideront de créer leur petite entreprise.

En Mauritanie, avec le soutien de la Banque africaine de développement, c’est donc un véritable défi qui est en passe d’être remporté : celui de linclusion financière des petites et moyennes entreprises, de leur croissance pour plus d’emplois et de progrès social.

Pour Khadijetou Diallo, l’avenir est en construction et il commence, dès l’an prochain, avec l’organisation de son mariage.

Source African Development Bank Group

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