Bonheurville ! C’est à cette douce appellation que répond un quartier situé dans la périphérie sud-ouest de Ouagadougou. Depuis quatre ans, Charlotte Nagalo, la quarantaine, vit ici avec son mari, assistant de santé, et leurs trois enfants. En cette matinée de février 2021, elle s’affaire dans l’échoppe jouxtant l’entrée de son domicile, quand elle aperçoit une équipe conduite par un technicien de l’électricité, reconnaissable à sa chasuble jaune et son casque. Ce dernier a, à peine, le temps de se présenter qu’elle lance, avec une satisfaction non dissimulée :

Madame Nagalo et les habitants de Bonheurville ne sont pas les seuls à se réjouir de la disponibilité récente de l’électricité. D’autres quartiers de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso bénéficient désormais de la mise en œuvre du Projet d’électrification des zones péri-urbaines (PEPU) des deux plus grandes villes du Burkina Faso. Bien que ces quartiers aient connu un important développement démographique au cours des dix dernières années, ils n’avaient pas, jusque-là, accès à l’électricité.
Lancé en septembre 2017 en présence du président de la Banque africaine de développement, Dr Akinwumi A. Adesina, le PEPU vise à accroître le taux d’accès à l’électricité au Burkina, plus spécifiquement à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso. Sa mise en œuvre consiste à renforcer les réseaux électriques de distribution dans les deux villes et à les étendre aux quartiers lotis et habités mais non encore électrifiés, ainsi qu’à réaliser des branchements à des tarifs subventionnés au profit de 17 500 ménages. D’un coût global de 31,42 milliards de francs CFA (37,76 millions d’UC), ces travaux sont financés à hauteur de 72 % par le Fonds africain de développement, le guichet concessionnel de la Banque, à travers un prêt de 17,14 milliards FCFA (20,60 millions d’UC) et d’un don FAD de 5,51 milliards FCFA (6,63 millions d’UC). Le reste du financement provient du gouvernement burkinabè pour 4,02 milliards FCFA (4,83 millions d’UC), et de la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL) pour 4,74 milliards FCFA (5,70 millions d’UC).
À quinze mois du terme du projet prévu pour juin 2022, ces objectifs sont atteints à plus de 95%. Plus de 1400 kilomètres de lignes moyenne et basse tension sont installés, ainsi que 325 postes de transformation électrique. « À la fin du mois de décembre 2020, la SONABEL avait déjà raccordé plus de 7000 bénéficiaires sur ces nouveaux réseaux construits par le projet sur la base de ses tarifs habituels, indique Larba Kéré, coordonnateur du PEPU. La société reçoit près de 2000 nouvelles demandes chaque semaine. Elles exploseront avec la tranche des 17500 branchements promotionnels, dont le lancement est imminent ». Les reliquats dégagés sur les ressources allouées par la Banque permettent d’envisager des travaux additionnels de pose de l’éclairage public dans les zones électrifiées. Cela participera à la lutte contre l’insécurité dans les quartiers périphériques.
Au-delà des 17500 ménages visés par le PEPU, c’est toute la population vivant dans les zones péri-urbaines concernées qui bénéficiera des retombées du projet. L’électricité facilitera le fonctionnement des services sociaux de base (éducation, formation, santé, hygiène et assainissement, eau potable).

Le PEPU favorise également le développement de nombreuses activités économiques. À Pazani, quartier situé dans la périphérie nord de Ouagadougou, Apollinaire Nana gère une boutique depuis trois ans. Il est fier de revendiquer le rang de « deuxième personne à avoir eu le courant dans la zone », il y a quatre mois de cela. L’électricité facilite son commerce et il se prend déjà à rêver d’une extension prochaine de sa boutique. « J’ai actuellement deux congélateurs et je compte en acquérir deux autres avant la période de la grande chaleur, en mars-avril ». Il compte sur l’arrivée de nouveaux habitants. « Des gens avaient construit ici mais ne venaient pas occuper leurs maisons, sûrement à cause du manque d’électricité ». Les choses sont en train de changer : de sa boutique située au bord de la principale voie menant à la ville, Apollinaire voit régulièrement passer des véhicules de déménagement chargés de bagages. Le spectacle est identique à Bonheurville, où Rasmané a installé son moulin à grain depuis neuf mois. « Avec l’arrivée de l’électricité, nous sentons bien maintenant que nous sommes à Ouagadougou », se réjouit-il. De fait, les chantiers et maisons récemment construites sont nombreux dans le quartier.

La Banque africaine de développement a défini cinq priorités stratégiques, les « high 5 », parmi lesquelles celle visant à « éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie ». À cet effet, son projet « Desert to Power » a pour ambition de faire du Sahel, la plus grande zone de production d’énergie solaire au monde avec dix gigawatts de capacité en énergie, et de fournir de l’électricité propre à 250 millions de personnes dans les onze pays du Sahel dont le Burkina.
Source African Development Bank Group





